Imprimer

LETTERS ON CERAMICS - A et C Black - London 2003

Né en Algérie (en 1952), Sylvian Meschia a passé toute son enfance en Afrique du Nord et les formes, couleurs et sensations qui entouraient ses jeunes années sont encore clairement perceptibles dans son travail aujourd’hui.
Autodidacte, il a appris son métier de céramiste d’abord auprès des artisans locaux de la Tunisie, ensuite dans les ateliers d’artistes du sud de la France, avant de s’installer dans les coteaux du sud toulousain, face aux Pyrénées, où il vit et travaille actuellement. Ses origines méditerranéennes l’ont attiré tout naturellement vers les faïences tendres et les teintes chaudes typiques de cette région, à partir desquelles il s’est forgé un mode d’expression très personnel à travers des techniques de décoration originales, en perpétuelle évolution.
Il a d’abord repris et rénové le travail traditionnel de la poterie jaspée : l’application à cru sur une pièce tournée d’engobes colorés, qui, d’un tour de main, se mêlent et se confondent pour donner l’effet marbré caractéristique de cette production. Dans le même temps, l’artiste développait et perfectionnait son travail au pinceau, inspiré, comme beaucoup de céramistes, par les techniques picturales et calligraphiques japonaises. Cette recherche l’a conduit initialement vers des décors graphiques sur pièces tournées, pour aboutir à un travail sur des surfaces planes, avec l’utilisation toujours plus élaborée du pinceau, bambou, gravure et empreinte.
Les carreaux ainsi créés sont conçus comme de petits tableaux céramiques, alliant ses travaux de dessin et ses techniques de céramiste. Pour lui, cette forme plane, rigoureuse, permet une liberté d’expression graphique plus grande que sur une pièce tournée ou moulée, déjà trop présente. Ces carreaux forment également de grands panneaux muraux qui s’intègrent dans des architectures d’intérieur. Ici encore, l’inspiration méditerranéenne se fait sentir : le jeu des couleurs, blancs et ocres, rehaussés d’un trait de bleu azur, effets d’ombre et de lumière sur des surfaces légèrement travaillées.
Mais pour bien comprendre le cheminement artistique du céramiste, il faut évoquer une deuxième source d’inspiration: sa passion pour la parole écrite. Lecteur avide de prose et de poésie dès son plus jeune âge, il a pris l’habitude de relever ou de mémoriser des bribes de texte, cueillies ici et là dans ses lectures, sans autre but que de fixer une émotion fugitive, ou bien de savourer sons et cadences. Ces citations ont envahi progressivement sa recherche graphique, pour venir s’inscrire dans la terre ; certaines font sens, d’autres suggèrent simplement, toutes éveillent des résonances particulières pour chacun.
Une autre calligraphie, plus formelle celle-ci, fut librement adaptée au départ des décors mauresques, ensuite longuement travaillée pour devenir un répertoire de signes et de figures entièrement personnel. En partant de gravures à plat, il a raffiné et élaboré sa technique, créant aujourd’hui d’imposantes pièces tournées : jarres, boîtes et coffrets dont la surface rugueuse, mouchetée, finement gravée semble nous parvenir à travers les âges.

Marie White

^ Haut
de la page